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Claude-Henri Bonnet - Je fais confiance au monde de la Culture.

Claude-Henri Bonnet - Je fais confiance au monde de la Culture.

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L’Opéra a dû fermer ses portes alors qu’il s’apprêtait à donner la représentation de sa création biannuelle : « South Pacific », après plusieurs années de travail. Mais les artistes de l’Opéra sont impatients de pouvoir jouer, et il se pourrait bien qu’ils reprennent du service avant l’heure, comme nous le détaille son directeur.

Comment avez-vous vécu cette période ?

J’ai beau être biologiste de formation, je ne m’y attendais pas du tout. Nous devions jouer South Pacific, notre grande création biannuelle. C’était cruel, il y avait des larmes parmi les artistes. La culture est un cas particulier, et général. Tout le monde a souffert de cette interruption brutale de la vie. J’ai entendu beaucoup de verbosité, de mots inventés, de gargarismes prétentieux, alors que les grandes douleurs sont muettes. J’ai trouvé que c’était un comportement opportuniste… Alors que nous sommes tout simplement dans un problème technique : comment fait-on pour reprendre le travail ? En ce qui concerne la Culture, tout le monde veut reprendre le plus vite possible, sans faire de bêtises bien sûr. Il faut rassurer les gens qui ont peur, avancer. La Culture est la nourriture de l’esprit, un élément de la vie. Nous avons bien sûr gardé au mieux le contact avec notre public. Notre service communication a donné accès à des archives, a réalisé des directs, a proposé les disques avec lesquels on avait obtenu des prix. Là, le quintette s’est remis en répétition, pour proposer des concerts gratuits au Foyer Campra, courant juillet, en veillant au respect de toutes les recommandations sanitaires. Nos techniciens et artistes ont besoin de travailler ensemble, tout comme dans un sport collectif.

Comment va se dérouler la saison prochaine ?

On bâtit les saisons trois ans avant. Est-ce que les conditions seront réunies, pour effectuer la saison dans tous ses aspects : lyrisme, concerts, théâtre, cinéconcert, actions culturelles, festivals ? Le premier ballet commence mi-septembre. La salle a une jauge de mille trois cent places ; avec la distanciation, nous pourrons en proposer quatre cent. Dans tous les cas nous jouerons car nous sommes un service public. Les recettes de billetterie ne couvrent que quinze pour cent du budget de l’Opéra. Si nous n’avions qu’elles la place vaudrait trois-cent cinquante euros ! Nous sommes en train de travailler sur le report de South Pacific, peut être au printemps 22. Nous avons déjà beaucoup travaillé sur la création de cette année-là, elle sera peut-être reportée d’un an. C’est compliqué, notamment avec les partenaires TV, Mezzo, France 2…

Quelle est la situation des artistes ?

Dans la très grande majorité, ils ont été payés, et l’intermittence est prolongée. Les affaires reprennent à la rentrée. Si ça continue comme ça, on aura simplement vécu un mauvais moment, un peu comme une guerre, même si je n’aimais pas la formule du Président, qui faisait beaucoup d’effets de manches. Après la guerre, grâce au Plan Marshall, on avait tout remboursé en cinq ans, alors qu’à la base on le prenait pour un fou. L’Homme est un bel animal, il n’a pas dit son dernier mot. Ce qui me fait le plus de peine n’est pas la Culture, mais les plans sociaux. Que faire ? Je ne suis pas économiste ou homme politique, et je ne crois pas au collectivisme. Il faut partager probablement, revoir l’économie, à la manière des grands francs-maçons qui ont réussi à faire créer un système de solidarité après-guerre, sur les retraites, la santé. Il faut plus de solidarité et trouver un équilibre. Pour la santé on l’a trouvé, pour la retraite moins. Je me questionne beaucoup au niveau économique, il faut que les ménages puissent assurer l’éducation de leurs enfants : éducation, santé... la culture suivra. Il y a beaucoup de gens brillantissimes dans la Culture, je leur fais confiance.

 

Site internet : l'Opéra de Toulon


Discipline: Articles, Musique, Sur les planches, Événements,



Catégories : Articles, Musique, Sur les planches, Événements,

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L’Opéra a dû fermer ses portes alors qu’il s’apprêtait à donner la représentation de sa création biannuelle : « South Pacific », après plusieurs années de travail. Mais les artistes de l’Opéra sont impatients de pouvoir jouer, et il se pourrait bien qu’ils reprennent du service avant l’heure, comme nous le détaille son directeur.

Comment avez-vous vécu cette période ?

J’ai beau être biologiste de formation, je ne m’y attendais pas du tout. Nous devions jouer South Pacific, notre grande création biannuelle. C’était cruel, il y avait des larmes parmi les artistes. La culture est un cas particulier, et général. Tout le monde a souffert de cette interruption brutale de la vie. J’ai entendu beaucoup de verbosité, de mots inventés, de gargarismes prétentieux, alors que les grandes douleurs sont muettes. J’ai trouvé que c’était un comportement opportuniste… Alors que nous sommes tout simplement dans un problème technique : comment fait-on pour reprendre le travail ? En ce qui concerne la Culture, tout le monde veut reprendre le plus vite possible, sans faire de bêtises bien sûr. Il faut rassurer les gens qui ont peur, avancer. La Culture est la nourriture de l’esprit, un élément de la vie. Nous avons bien sûr gardé au mieux le contact avec notre public. Notre service communication a donné accès à des archives, a réalisé des directs, a proposé les disques avec lesquels on avait obtenu des prix. Là, le quintette s’est remis en répétition, pour proposer des concerts gratuits au Foyer Campra, courant juillet, en veillant au respect de toutes les recommandations sanitaires. Nos techniciens et artistes ont besoin de travailler ensemble, tout comme dans un sport collectif.

Comment va se dérouler la saison prochaine ?

On bâtit les saisons trois ans avant. Est-ce que les conditions seront réunies, pour effectuer la saison dans tous ses aspects : lyrisme, concerts, théâtre, cinéconcert, actions culturelles, festivals ? Le premier ballet commence mi-septembre. La salle a une jauge de mille trois cent places ; avec la distanciation, nous pourrons en proposer quatre cent. Dans tous les cas nous jouerons car nous sommes un service public. Les recettes de billetterie ne couvrent que quinze pour cent du budget de l’Opéra. Si nous n’avions qu’elles la place vaudrait trois-cent cinquante euros ! Nous sommes en train de travailler sur le report de South Pacific, peut être au printemps 22. Nous avons déjà beaucoup travaillé sur la création de cette année-là, elle sera peut-être reportée d’un an. C’est compliqué, notamment avec les partenaires TV, Mezzo, France 2…

Quelle est la situation des artistes ?

Dans la très grande majorité, ils ont été payés, et l’intermittence est prolongée. Les affaires reprennent à la rentrée. Si ça continue comme ça, on aura simplement vécu un mauvais moment, un peu comme une guerre, même si je n’aimais pas la formule du Président, qui faisait beaucoup d’effets de manches. Après la guerre, grâce au Plan Marshall, on avait tout remboursé en cinq ans, alors qu’à la base on le prenait pour un fou. L’Homme est un bel animal, il n’a pas dit son dernier mot. Ce qui me fait le plus de peine n’est pas la Culture, mais les plans sociaux. Que faire ? Je ne suis pas économiste ou homme politique, et je ne crois pas au collectivisme. Il faut partager probablement, revoir l’économie, à la manière des grands francs-maçons qui ont réussi à faire créer un système de solidarité après-guerre, sur les retraites, la santé. Il faut plus de solidarité et trouver un équilibre. Pour la santé on l’a trouvé, pour la retraite moins. Je me questionne beaucoup au niveau économique, il faut que les ménages puissent assurer l’éducation de leurs enfants : éducation, santé... la culture suivra. Il y a beaucoup de gens brillantissimes dans la Culture, je leur fais confiance.

 

Site internet : l'Opéra de Toulon