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Jean-François Zygel, la passion de transmettre

Jean-François Zygel, la passion de transmettre

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Jean-François Zygel, pianiste classique, a fait de l’improvisation son métier. Alors que son dernier album «L’Alchimiste» où des chanteurs de renom lui ont prêté leurs mélodies pour qu’il improvise dessus, vient de paraitre, la mairie de Bandol l’invite à Jules Verne, pour un duel d’impro avec André Manoukian, façon match de tennis, où chacun va se rendre coup pour coup.

 

Le duel d’improvisation au piano est une discipline très ancienne, quelles en sont les règles du jeu ?
Effectivement, il y en a eu de fameux ! Mozart contre Clementi, Bach contre Louis Marchand, Liszt contre Thalberg… mais bon, je ne vous apprendrai rien en vous disant que je n’étais pas présent ces jours-là ! Je suppose qu’il y avait des improvisations libres, en solo et à deux pianos, mais aussi des contraintes imposées (ne jouer que sur les touches blanches ou que sur les touches noires, les yeux bandés…), des thèmes proposés (thèmes d’opéra, thèmes classiques ou thèmes populaires), ou encore des figures obligées (menuet, gavotte, rondo, fugue, variations…).


En quoi est-ce différent d’improviser à deux ?
Lorsqu’on improvise seul, on peut vraiment se laisser aller à son imagination, à sa fantaisie du moment, laisser l’inspiration vous conduire : l’instinct prend souvent les commandes ! Lorsqu’on improvise à deux, il faut se soucier en permanence de l’autre musicien, veiller à ne jamais faire quelque chose qu’il ne pourrait pas suivre, qu’il comprenne qu’on va moduler ou changer de tempo… un peu comme un conducteur qui regarde dans son rétroviseur et met son clignotant avant de tourner !


André Manoukian fait du piano jazz, vous du piano classique, quel répertoire aborderez-vous ? Jouez-vous des thèmes connus ?
Nous n’aborderons aucun répertoire puisqu’il s’agit d’improvisation ! L’improvisation, c’est de la composition instantanée… et de la composition sans gomme ! Ce qui est fait est fait, ce qui est dit est dit, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière ! Et bien sûr, à tel ou tel moment du concert, nous ne priverons pas d’improviser sur des thèmes connus… c’est d’ailleurs souvent le public qui nous les propose, comme à la grande époque des virtuoses romantiques !


Une petite confidence… vous êtes le spécialiste français de l’impro, vous allez gagner !!?
Nous ne sommes que cinq ou six pianistes improvisateurs classiques à faire carrière dans le monde, mais je citerais bien volontiers côté français mon collègue Bruno Fontaine avec qui j’ai déjà eu la chance de partager plusieurs fois la scène, l’ivoire et l’ébène. Côté jazz, évidemment, il y a l’embarras du choix, de Martial Solal à Thomas Enhco en passant par Antoine Hervé, Andy Emler... et bien sûr André Manoukian !


Vous enregistrez de très belles audiences à la radio et venez même de présenter une émission de télé, la musique classique est-elle en train de regagner le cœur du public ?
En dehors de ma carrière de concertiste et de compositeur, je fais régulièrement depuis plus de dix ans des émissions de télévision pour France 2 et pour France 5 et de radio pour France Musique et France Inter.Je suis certain qu’aujourd’hui le public a soif d’émissions où on s’adresse à lui simplement et intelligemment en lui expliquant comment ça marche, comment reconnaître les différents instruments, comment distinguer les différents styles et comprendre la construction d’une oeuvre. Regardez les succès des tutoriels sur Internet: à notre époque, les gens veulent comprendre. Nous, les musiciens classiques, devons admettre que notre métier est aussi d’expliquer, de transmettre, de partager la musique classique avec pédagogie, et pas seulement de se produire sur scène.

 

 

 


Discipline: Articles, Musique



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Jean-François Zygel, pianiste classique, a fait de l’improvisation son métier. Alors que son dernier album «L’Alchimiste» où des chanteurs de renom lui ont prêté leurs mélodies pour qu’il improvise dessus, vient de paraitre, la mairie de Bandol l’invite à Jules Verne, pour un duel d’impro avec André Manoukian, façon match de tennis, où chacun va se rendre coup pour coup.

 

Le duel d’improvisation au piano est une discipline très ancienne, quelles en sont les règles du jeu ?
Effectivement, il y en a eu de fameux ! Mozart contre Clementi, Bach contre Louis Marchand, Liszt contre Thalberg… mais bon, je ne vous apprendrai rien en vous disant que je n’étais pas présent ces jours-là ! Je suppose qu’il y avait des improvisations libres, en solo et à deux pianos, mais aussi des contraintes imposées (ne jouer que sur les touches blanches ou que sur les touches noires, les yeux bandés…), des thèmes proposés (thèmes d’opéra, thèmes classiques ou thèmes populaires), ou encore des figures obligées (menuet, gavotte, rondo, fugue, variations…).


En quoi est-ce différent d’improviser à deux ?
Lorsqu’on improvise seul, on peut vraiment se laisser aller à son imagination, à sa fantaisie du moment, laisser l’inspiration vous conduire : l’instinct prend souvent les commandes ! Lorsqu’on improvise à deux, il faut se soucier en permanence de l’autre musicien, veiller à ne jamais faire quelque chose qu’il ne pourrait pas suivre, qu’il comprenne qu’on va moduler ou changer de tempo… un peu comme un conducteur qui regarde dans son rétroviseur et met son clignotant avant de tourner !


André Manoukian fait du piano jazz, vous du piano classique, quel répertoire aborderez-vous ? Jouez-vous des thèmes connus ?
Nous n’aborderons aucun répertoire puisqu’il s’agit d’improvisation ! L’improvisation, c’est de la composition instantanée… et de la composition sans gomme ! Ce qui est fait est fait, ce qui est dit est dit, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière ! Et bien sûr, à tel ou tel moment du concert, nous ne priverons pas d’improviser sur des thèmes connus… c’est d’ailleurs souvent le public qui nous les propose, comme à la grande époque des virtuoses romantiques !


Une petite confidence… vous êtes le spécialiste français de l’impro, vous allez gagner !!?
Nous ne sommes que cinq ou six pianistes improvisateurs classiques à faire carrière dans le monde, mais je citerais bien volontiers côté français mon collègue Bruno Fontaine avec qui j’ai déjà eu la chance de partager plusieurs fois la scène, l’ivoire et l’ébène. Côté jazz, évidemment, il y a l’embarras du choix, de Martial Solal à Thomas Enhco en passant par Antoine Hervé, Andy Emler... et bien sûr André Manoukian !


Vous enregistrez de très belles audiences à la radio et venez même de présenter une émission de télé, la musique classique est-elle en train de regagner le cœur du public ?
En dehors de ma carrière de concertiste et de compositeur, je fais régulièrement depuis plus de dix ans des émissions de télévision pour France 2 et pour France 5 et de radio pour France Musique et France Inter.Je suis certain qu’aujourd’hui le public a soif d’émissions où on s’adresse à lui simplement et intelligemment en lui expliquant comment ça marche, comment reconnaître les différents instruments, comment distinguer les différents styles et comprendre la construction d’une oeuvre. Regardez les succès des tutoriels sur Internet: à notre époque, les gens veulent comprendre. Nous, les musiciens classiques, devons admettre que notre métier est aussi d’expliquer, de transmettre, de partager la musique classique avec pédagogie, et pas seulement de se produire sur scène.