zoom
La réponse des Hommes - Châteauvallon scène nationale - 19h30

La réponse des Hommes - Châteauvallon scène nationale - 19h30

    Partager sur :

Entre le juste et l’injuste, le choix n’est pas toujours si évident. D’abord, qu’est-ce qui est juste ? Injuste ? Avant de répondre, Tiphaine Raffier pose la question.

La morale n’est pas ici une injonction, l’engagement vers le bien n’a rien d’abstrait, ce sont des corps qui agissent, des gestes. La question du choix est simple ou complexe mais soulager le corps ou l’esprit de son prochain requiert des actes.

La scénographie évoque la Chapelle Pio Monte delle misericordi, à Naples, dans laquelle une peinture du Caravage décrit Sept œuvres de miséricorde. Des colonnades, des traces anciennes en partie recouvertes…

Sur scène, un ensemble de musique classique, un danseur, une caméra qui sonde les cœurs. Une quinzaine de tableaux, différents personnages, plus ou moins aimables, plus ou moins détestables, des dilemmes moraux contemporains… C’est finalement à nous que ces questions se posent. Que ferions-nous, nous, dans ces situations ?

Tiphaine Raffier, votre spectacle a pour titre La Réponse des Hommes. Quelle est donc cette question qui leur est posée, aux Hommes ?

Tiphaine Raffier — Des questions morales sont posées en passant par les œuvres de miséricorde dûment répertoriées par Saint Matthieu dans Le Nouveau Testament. Par exemple, à partir de « assister les malades », deux questions se posent : « c’est quoi l’assistance ? » et « c’est quoi un malade ? ». Ces deux questions me suggèrent une fiction, des personnages entraînés dans des histoires, confrontés à des choix, des situations à partir desquelles j’écris le texte du spectacle. Je compose des scènes, des tableaux de durée variable, de cinq à quarante minutes où ces questions sont posées de différents points
de vue. Le spectateur, en face, est lui-même très actif, il se pose lui aussi nécessairement des questions. J’essaie de provoquer un cheminement. Je dessine la carte de ce cheminement mais, dans ce cadre, le spectateur est libre. Cela dit, je ne cherche pas à perdre les gens. On sait très bien qui est le frère de qui et autres données anecdotiques, c’est clairement établi de manière à laisser le champ libre aux grandes questions morales, fondamentales, intéressantes, puissantes.
Il faut donc que le chemin soit bien tracé.

Peut-on parler d’une esthétique de l’éthique ?

T. R. L’esthétique est plurielle. Sur le plateau, il y a un ensemble de musique classique, un danseur, un vidéaste et dix acteurs. J’aime le plaisir du spectacle. Si ce plaisir est au service de ce que l’on raconte, évidemment. Il n’y a rien de gratuit. Si l’on décide d’utiliser l’image, c’est qu’entre le moment où la caméra s’allume et celui où la caméra s’éteint il y a une question morale posée que l’on formule mieux avec la caméra, avec l’usage d’un gros plan par exemple.
C’est que cette technique, à ce moment précis, est une nécessité. On peut donc dire qu’il y a non seulement une esthétique de l’éthique mais également une éthique de l’esthétique !

Quel est le rôle de la musique dans le spectacle ?

T. R. Ça dépend des œuvres. Parfois, c’est un levier émotionnel très simple. On a besoin de l’émotion pour penser les choses dans leur complexité. Ce ne peut pas être que de la théorie, ça passe par le corps aussi. Le corps des spectateurs autant que le corps des acteurs. On va également essayer de poser la question du lien entre la morale et la musique. Question un peu folle, certes. Mais en quoi la musique peut-elle nous déranger quand elle va dans des disharmonies ? En quoi peut-elle aussi nous endormir ou nous rassurer, voire nous emprisonner dans l’harmonie ? Nous posons la question de la morale dans l’art sans être figuratifs.

Propos recueillis par François Rodinson
pour la scène nationale Châteauvallon-Liberté



https://www.chateauvallon-liberte.fr/evenement/la-reponse-des-hommes/


Discipline: Agenda, Théâtre

Ville: Ollioules

Date: 05 février 2021.



Catégories : Agenda, Théâtre

Retour
Entre le juste et l’injuste, le choix n’est pas toujours si évident. D’abord, qu’est-ce qui est juste ? Injuste ? Avant de répondre, Tiphaine Raffier pose la question. La morale n’est pas ici une injonction, l’engagement vers le bien n’a rien d’abstrait, ce sont des corps qui agissent, des gestes. La question du choix est simple ou complexe mais soulager le corps ou l’esprit de son prochain requiert des actes. La scénographie évoque la Chapelle Pio Monte delle misericordi, à Naples, dans laquelle une peinture du Caravage décrit Sept œuvres de miséricorde. Des colonnades, des traces anciennes en partie recouvertes… Sur scène, un ensemble de musique classique, un danseur, une caméra qui sonde les cœurs. Une quinzaine de tableaux, différents personnages, plus ou moins aimables, plus ou moins détestables, des dilemmes moraux contemporains… C’est finalement à nous que ces questions se posent. Que ferions-nous, nous, dans ces situations ? Tiphaine Raffier, votre spectacle a pour titre La Réponse des Hommes. Quelle est donc cette question qui leur est posée, aux Hommes ? Tiphaine Raffier — Des questions morales sont posées en passant par les œuvres de miséricorde dûment répertoriées par Saint Matthieu dans Le Nouveau Testament. Par exemple, à partir de « assister les malades », deux questions se posent : « c’est quoi l’assistance ? » et « c’est quoi un malade ? ». Ces deux questions me suggèrent une fiction, des personnages entraînés dans des histoires, confrontés à des choix, des situations à partir desquelles j’écris le texte du spectacle. Je compose des scènes, des tableaux de durée variable, de cinq à quarante minutes où ces questions sont posées de différents points de vue. Le spectateur, en face, est lui-même très actif, il se pose lui aussi nécessairement des questions. J’essaie de provoquer un cheminement. Je dessine la carte de ce cheminement mais, dans ce cadre, le spectateur est libre. Cela dit, je ne cherche pas à perdre les gens. On sait très bien qui est le frère de qui et autres données anecdotiques, c’est clairement établi de manière à laisser le champ libre aux grandes questions morales, fondamentales, intéressantes, puissantes. Il faut donc que le chemin soit bien tracé. Peut-on parler d’une esthétique de l’éthique ? T. R. L’esthétique est plurielle. Sur le plateau, il y a un ensemble de musique classique, un danseur, un vidéaste et dix acteurs. J’aime le plaisir du spectacle. Si ce plaisir est au service de ce que l’on raconte, évidemment. Il n’y a rien de gratuit. Si l’on décide d’utiliser l’image, c’est qu’entre le moment où la caméra s’allume et celui où la caméra s’éteint il y a une question morale posée que l’on formule mieux avec la caméra, avec l’usage d’un gros plan par exemple. C’est que cette technique, à ce moment précis, est une nécessité. On peut donc dire qu’il y a non seulement une esthétique de l’éthique mais également une éthique de l’esthétique ! Quel est le rôle de la musique dans le spectacle ? T. R. Ça dépend des œuvres. Parfois, c’est un levier émotionnel très simple. On a besoin de l’émotion pour penser les choses dans leur complexité. Ce ne peut pas être que de la théorie, ça passe par le corps aussi. Le corps des spectateurs autant que le corps des acteurs. On va également essayer de poser la question du lien entre la morale et la musique. Question un peu folle, certes. Mais en quoi la musique peut-elle nous déranger quand elle va dans des disharmonies ? En quoi peut-elle aussi nous endormir ou nous rassurer, voire nous emprisonner dans l’harmonie ? Nous posons la question de la morale dans l’art sans être figuratifs. Propos recueillis par François Rodinson pour la scène nationale Châteauvallon-Liberté https://www.chateauvallon-liberte.fr/evenement/la-reponse-des-hommes/