zoom
Lucile Jourdan - Heroïne(s) anonyme(s)

Lucile Jourdan - Heroïne(s) anonyme(s)

    Partager sur :

Directrice artistique de la Compagnie les Passeurs, comédienne, metteuse en scène, intervenante sur plusieurs projets, Lucile Jourdan est une addict du travail. Quand elle s’arrête, que pensez-vous qu’il se passe dans sa tête ? Les addictions prennent plusieurs formes, mais nous cloisonnent quoi qu’il arrive. « Héroïne(s) » c’est l’occasion d’exprimer une confidence qui nous ronge. Lucile Jourdan nous en dévoile un peu plus à propos du premier volet « Alcool », écrit par Sabine Tamisier... « Héroïne(s) » est un triptyque au nom assez singulier.

On pense à Wonder-woman, on pense à la drogue, mais de quel genre d’héroïne est-il question ?

On parle avant tout des addictions. Le premier volet est « Alcool ». Ensuite nous aborderons les sujets « Amour » et « Travail ». L’idée de ce spectacle est de laisser une femme s’exprimer à propos de ce sujet dont elle n’arrive pas à parler. Il s’agit d’entendre la parole de cette femme qui ne se sent pas toujours écoutée et qui pour une fois se donne l’occasion de parler. Elle ose dire où elle en est dans son addiction et comment elle se voit par rapport aux autres. On est dans une parole de l’ordre de l’intime, qui ne manque pas d’humour pour autant. Ce spectacle ne fait pas passer de message, il nous invite plutôt à nous demander « Pourquoi, dans notre société actuelle, nos addictions sont-elles devenues un sujet aussi tabou? »

« Héroïne(s) » serait donc un titre permettant de valoriser cette prise de parole féminine ?

Pour moi le terme héroïne est à entrée multiple. On pense aux substances qui causent les addictions et provoquent ce silence. On voit cette femme qui nous parle de ses rapports à l’alcool, et fait en sorte de s’en sortir. On a tous autour de nous des personnes dont on ressent la fragilité, l’envie d’être ailleurs et de fuir cette réalité. Je peux comprendre que certains se laissent aller à ces substances, comme une manière de chercher quelque chose de différent dans cette réalité. Pourtant, ils font comme si tout allait bien tous les jours, ça relève du dépassement de soi selon moi. On peut parler d’héroïsme aussi, car pour moi l’héroïne, c’est quelqu’un qui va tout de suite me tendre la main. Mais dans son rapport à l’alcool, elle va frôler la mort, et la manière qu’elle aura de s’en relever se définirait presque comme héroïque. Je suis loin de condamner cette question, au contraire je trouve qu’il est crucial de l’aborder, surtout à l’heure actuelle, ne serait-ce que pour la jeunesse et en l’occurrence les femmes. Le plus affligeant, c’est de se rendre compte de cette espèce de « honte » qui perdure. Il faut réussir à faciliter les dialogues et les échanges, pour éviter l’enfermement, car après ça devient compliqué de pouvoir en parler.

Vous présentez aussi ces spectacles dans des lieux publics, pourquoi ce choix ?

C’était primordial. Jouer dans des lieux publics permet de former une sorte de communauté. On ne va pas au théâtre, on vient écouter ce que cette femme a à dire. Ce premier volet est souvent joué dans des bars, « Amour » on aimerait pouvoir le jouer dans les écoles et « Travail » dans les entreprises. On joue aussi sur des scènes classiques : dans ces cas-là on reconstitue l’ambiance souhaitée. L’idée est de jouer dans un endroit qui est déjà social. Lorsque l’on voit une pièce au théâtre, notre regard est différent de celui que l’on a dans un lieu public où il n’y a pas la barrière de l’espace scénique. Nous sommes proches du public ce qui permet de favoriser les échanges après le spectacle. Chacun peut proposer son regard, sans jugement. Nous en profitons aussi pour développer nos idées et futurs projets.


Discipline: Articles, Sur les planches



Catégories : Articles, Sur les planches

Retour

Directrice artistique de la Compagnie les Passeurs, comédienne, metteuse en scène, intervenante sur plusieurs projets, Lucile Jourdan est une addict du travail. Quand elle s’arrête, que pensez-vous qu’il se passe dans sa tête ? Les addictions prennent plusieurs formes, mais nous cloisonnent quoi qu’il arrive. « Héroïne(s) » c’est l’occasion d’exprimer une confidence qui nous ronge. Lucile Jourdan nous en dévoile un peu plus à propos du premier volet « Alcool », écrit par Sabine Tamisier... « Héroïne(s) » est un triptyque au nom assez singulier.

On pense à Wonder-woman, on pense à la drogue, mais de quel genre d’héroïne est-il question ?

On parle avant tout des addictions. Le premier volet est « Alcool ». Ensuite nous aborderons les sujets « Amour » et « Travail ». L’idée de ce spectacle est de laisser une femme s’exprimer à propos de ce sujet dont elle n’arrive pas à parler. Il s’agit d’entendre la parole de cette femme qui ne se sent pas toujours écoutée et qui pour une fois se donne l’occasion de parler. Elle ose dire où elle en est dans son addiction et comment elle se voit par rapport aux autres. On est dans une parole de l’ordre de l’intime, qui ne manque pas d’humour pour autant. Ce spectacle ne fait pas passer de message, il nous invite plutôt à nous demander « Pourquoi, dans notre société actuelle, nos addictions sont-elles devenues un sujet aussi tabou? »

« Héroïne(s) » serait donc un titre permettant de valoriser cette prise de parole féminine ?

Pour moi le terme héroïne est à entrée multiple. On pense aux substances qui causent les addictions et provoquent ce silence. On voit cette femme qui nous parle de ses rapports à l’alcool, et fait en sorte de s’en sortir. On a tous autour de nous des personnes dont on ressent la fragilité, l’envie d’être ailleurs et de fuir cette réalité. Je peux comprendre que certains se laissent aller à ces substances, comme une manière de chercher quelque chose de différent dans cette réalité. Pourtant, ils font comme si tout allait bien tous les jours, ça relève du dépassement de soi selon moi. On peut parler d’héroïsme aussi, car pour moi l’héroïne, c’est quelqu’un qui va tout de suite me tendre la main. Mais dans son rapport à l’alcool, elle va frôler la mort, et la manière qu’elle aura de s’en relever se définirait presque comme héroïque. Je suis loin de condamner cette question, au contraire je trouve qu’il est crucial de l’aborder, surtout à l’heure actuelle, ne serait-ce que pour la jeunesse et en l’occurrence les femmes. Le plus affligeant, c’est de se rendre compte de cette espèce de « honte » qui perdure. Il faut réussir à faciliter les dialogues et les échanges, pour éviter l’enfermement, car après ça devient compliqué de pouvoir en parler.

Vous présentez aussi ces spectacles dans des lieux publics, pourquoi ce choix ?

C’était primordial. Jouer dans des lieux publics permet de former une sorte de communauté. On ne va pas au théâtre, on vient écouter ce que cette femme a à dire. Ce premier volet est souvent joué dans des bars, « Amour » on aimerait pouvoir le jouer dans les écoles et « Travail » dans les entreprises. On joue aussi sur des scènes classiques : dans ces cas-là on reconstitue l’ambiance souhaitée. L’idée est de jouer dans un endroit qui est déjà social. Lorsque l’on voit une pièce au théâtre, notre regard est différent de celui que l’on a dans un lieu public où il n’y a pas la barrière de l’espace scénique. Nous sommes proches du public ce qui permet de favoriser les échanges après le spectacle. Chacun peut proposer son regard, sans jugement. Nous en profitons aussi pour développer nos idées et futurs projets.