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Pamela Ghislain - Ecrire pour les femmes

Pamela Ghislain - Ecrire pour les femmes

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THEATRE
"La Trilogie du Cri"
Cafés-Lectures : les 13 et 27 mars à la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti à La Seyne

Anna, Lune et Simone sont les trois volets de la Trilogie du Cri, projet d’envergure mené par la comédienne et dramaturge Pamela Ghislain. Anna, Lune et Simone représentent toutes les femmes, des histoires et des voix trop souvent étouffées que Pamela s’efforce de libérer grâce au Cri. Après avoir mis près de deux ans à écrire le personnage d’Anna, il lui reste encore à écrire celui de Lune et de Simone.

Dans la trilogie du Cri, vous abordez des sujets particulièrement complexes. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à entreprendre un tel projet ?

J’ai suivi une formation de comédienne en Belgique et déjà à l’école je jouais beaucoup de rôles masculins sans les questionner. Quand j’ai fini mes études, que je suis entrée dans le monde du travail et que j’ai commencé à faire des castings, je me suis rendue compte de la pauvreté de ce qui est proposé aux femmes, en comparaison aux rôles masculins. Elles sont la mère de, la femme de, etc. De plus, ça faisait longtemps que j’avais envie d’écrire des sujets actuels avec des personnages féminins indépendants, qui dénoncent quelque chose dans la société. Puis j’ai rencontré le féminisme, j’ai énormément lu et voilà ! Tous ces sujets me semblent importants et pour moi c’est dommage que dans le milieu du théâtre on soit en retard sur ces sujets-là, donc je me suis dit qu’il FALLAIT que je le fasse.

Pourquoi ce titre ?

J’avais envie que ce soit quelque chose de viscéral, quelque chose de fort, violent et en même temps libérateur, qui sorte malgré soi, comme une pulsion de vie, et qui donne envie de s’exprimer. En parallèle, je travaille beaucoup sur la question du silence et l’impossibilité de parler de ces sujets-là, et donc je trouvais ça chouette d’avoir ce cri qui s’exprime à travers les silences. Et surtout ce cri, par rapport au combat féministe, c’est quelque chose de vital.

Qui sont Anna, Lune et Simone ?

On part toujours de soi quand on raconte des histoires. Il y a donc beaucoup de moi, mais aussi beaucoup de rencontres, c’est un mélange. Pour Anna, j’ai pu parler avec beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles mais je voulais aussi montrer que ce n’est pas parce qu’on a subi des violences sexuelles qu’on est une victime, quelqu’un de faible, frêle. J’avais envie de montrer des personnages forts même s’il leur arrive des tragédies. Est-ce que le contexte actuel a une influence sur votre écriture ? C’est particulier car j’ai commencé à travailler sur Anna avant #metoo, j’ai mis du temps à l’écrire car je voulais que ce soit vraiment réaliste. J’ai travaillé avec un psychologue spécialisé dans les agressions sexuelles, avec pas mal de victimes, etc. Puis il y a eu ce pivot dans la société, entre le moment où j’ai commencé à écrire et le moment où le texte a été édité. Je le ressens dans la réception du texte. Quand j’ai commencé à écrire les dossiers et notes d’intention sur les sujets abordés, avant #metoo donc, c’était très différent : les gens n’étaient pas intéressés, pour eux tout avait déjà été dit. Puis #metoo est arrivé et je sens un intérêt différent : la société s’ouvre sur ces sujets, c’est une bonne chose.

Pour vous, la justesse et le réalisme sont particulièrement importants ?

Oui. Par exemple pour Lune, j’ai passé beaucoup de temps à faire des improvisations avec des comédiens et comédiennes, j’ai discuté et fait lire la pièce à beaucoup de gens pour qu’ils me donnent leur avis et j’ai travaillé avec des professionnels, comme un avocat pour Lune. L’idée est vraiment qu’un maximum de gens posent leur regard sur la pièce pour que petit à petit le texte s’ajuste et résonne. Le réalisme est très important pour moi. Pauline Cuby

 

EXTRAIT

Elle a fait un mouvement de la tête. Il a embrassé sa nuque et elle n’a pas bougé. Il y a eu un silence. Elle a hésité, il avait l’air d’insister. Comme elle hésitait toujours, il lui a enlevé son chemisier. Victor, c’est un mec qui va droit au but, je l’ai déjà vu avec d’autres filles, je ne sais pas, c’est juste que j’ai été surprise qu’il l’enlève d’un coup mais après tout ça ne me regarde pas, non ? Il a posé son doigt sur sa bouche en faisant « Chut » et elle a doucement fait « non » de la tête. Il lui a caressé le visage et elle a refait « non » de la tête. J’ai lu son « non » sur ses lèvres.

Mars 2021


Discipline: Articles, Sur les planches



Catégories : Articles, Sur les planches

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"La Trilogie du Cri"
Cafés-Lectures : les 13 et 27 mars à la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti à La Seyne

Anna, Lune et Simone sont les trois volets de la Trilogie du Cri, projet d’envergure mené par la comédienne et dramaturge Pamela Ghislain. Anna, Lune et Simone représentent toutes les femmes, des histoires et des voix trop souvent étouffées que Pamela s’efforce de libérer grâce au Cri. Après avoir mis près de deux ans à écrire le personnage d’Anna, il lui reste encore à écrire celui de Lune et de Simone.

Dans la trilogie du Cri, vous abordez des sujets particulièrement complexes. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à entreprendre un tel projet ?

J’ai suivi une formation de comédienne en Belgique et déjà à l’école je jouais beaucoup de rôles masculins sans les questionner. Quand j’ai fini mes études, que je suis entrée dans le monde du travail et que j’ai commencé à faire des castings, je me suis rendue compte de la pauvreté de ce qui est proposé aux femmes, en comparaison aux rôles masculins. Elles sont la mère de, la femme de, etc. De plus, ça faisait longtemps que j’avais envie d’écrire des sujets actuels avec des personnages féminins indépendants, qui dénoncent quelque chose dans la société. Puis j’ai rencontré le féminisme, j’ai énormément lu et voilà ! Tous ces sujets me semblent importants et pour moi c’est dommage que dans le milieu du théâtre on soit en retard sur ces sujets-là, donc je me suis dit qu’il FALLAIT que je le fasse.

Pourquoi ce titre ?

J’avais envie que ce soit quelque chose de viscéral, quelque chose de fort, violent et en même temps libérateur, qui sorte malgré soi, comme une pulsion de vie, et qui donne envie de s’exprimer. En parallèle, je travaille beaucoup sur la question du silence et l’impossibilité de parler de ces sujets-là, et donc je trouvais ça chouette d’avoir ce cri qui s’exprime à travers les silences. Et surtout ce cri, par rapport au combat féministe, c’est quelque chose de vital.

Qui sont Anna, Lune et Simone ?

On part toujours de soi quand on raconte des histoires. Il y a donc beaucoup de moi, mais aussi beaucoup de rencontres, c’est un mélange. Pour Anna, j’ai pu parler avec beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles mais je voulais aussi montrer que ce n’est pas parce qu’on a subi des violences sexuelles qu’on est une victime, quelqu’un de faible, frêle. J’avais envie de montrer des personnages forts même s’il leur arrive des tragédies. Est-ce que le contexte actuel a une influence sur votre écriture ? C’est particulier car j’ai commencé à travailler sur Anna avant #metoo, j’ai mis du temps à l’écrire car je voulais que ce soit vraiment réaliste. J’ai travaillé avec un psychologue spécialisé dans les agressions sexuelles, avec pas mal de victimes, etc. Puis il y a eu ce pivot dans la société, entre le moment où j’ai commencé à écrire et le moment où le texte a été édité. Je le ressens dans la réception du texte. Quand j’ai commencé à écrire les dossiers et notes d’intention sur les sujets abordés, avant #metoo donc, c’était très différent : les gens n’étaient pas intéressés, pour eux tout avait déjà été dit. Puis #metoo est arrivé et je sens un intérêt différent : la société s’ouvre sur ces sujets, c’est une bonne chose.

Pour vous, la justesse et le réalisme sont particulièrement importants ?

Oui. Par exemple pour Lune, j’ai passé beaucoup de temps à faire des improvisations avec des comédiens et comédiennes, j’ai discuté et fait lire la pièce à beaucoup de gens pour qu’ils me donnent leur avis et j’ai travaillé avec des professionnels, comme un avocat pour Lune. L’idée est vraiment qu’un maximum de gens posent leur regard sur la pièce pour que petit à petit le texte s’ajuste et résonne. Le réalisme est très important pour moi. Pauline Cuby

 

EXTRAIT

Elle a fait un mouvement de la tête. Il a embrassé sa nuque et elle n’a pas bougé. Il y a eu un silence. Elle a hésité, il avait l’air d’insister. Comme elle hésitait toujours, il lui a enlevé son chemisier. Victor, c’est un mec qui va droit au but, je l’ai déjà vu avec d’autres filles, je ne sais pas, c’est juste que j’ai été surprise qu’il l’enlève d’un coup mais après tout ça ne me regarde pas, non ? Il a posé son doigt sur sa bouche en faisant « Chut » et elle a doucement fait « non » de la tête. Il lui a caressé le visage et elle a refait « non » de la tête. J’ai lu son « non » sur ses lèvres.

Mars 2021