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Pierre-Jean Rey - Fascination pour un photographe.

Pierre-Jean Rey - Fascination pour un photographe.

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PHOTOGRAPHIE |

Trésors Inédits de Georges Portal
Galerie 15 avec la Galerie Lisa -Toulon
Du 2 Décembre 2021 au 26 février 2022

 

Directeur artistique de la Galerie 15, Pierre-Jean Rey expose le travail de jeunes photographes depuis 2017 dans la Rue des Arts de Toulon. Cette fois, il nous propose de découvrir des “trésors inédits” datant des années 1930.

 

Comment avez-vous découvert le travail de Georges Portal ?

Chez moi, on l'appelait le Grand Cousin Georges. Son laboratoire était dans le garage de la propriété de mes parents. Avec mon père, ils s'étaient connus pendant la guerre de 14-18 et étaient restés amis. Il avait construit un petit appartement sur notre propriété. Ce personnage étonnant était comédien et venait tous les étés après avoir voyagé pour ses spectacles.

Quels liens établissez-vous entre sa pratique du théâtre et de la photo ?

C'était un personnage fascinant. Dès mes six ans, il m'a donné le goût de la photographie. Tout était grâce et élégance. Il séparait bien les choses, mais c'était un homme à la fois humble, théâtral, photographe dans l'âme et dans le style, d’un courage exceptionnel et qui arrivait toujours plein de cadeaux et de sucreries. Il écrivait toujours en violet sur du papier orange et avait beaucoup de goût, même pour s’habiller. Un soin naturel et une humanité qu’on retrouve dans son travail d’artiste.

Pourquoi exposer son travail aujourd’hui ?

Ce sont des photos qui ont près d’un siècle et qui sont toujours vivantes. Quatre-vingt ans après, c’est la première fois qu’elles vont être révélées au public. À l’époque, c’était une vraie décision de faire une photo car on avait un nombre limité de pellicules. En l'occurrence, Georges utilisait des plaques que nous avons gardées pour faire les cartels de l'exposition avec son écriture violette ! On en a scanné quatre cent, puis sélectionné et nettoyé une centaine et on en a choisi seulement la moitié, les plus puissantes. Techniquement, c’était parfait. Son appareil faisait des photos en relief, aucun mono objectif n’avait cette qualité. J’ai aussi montré ces photos à Jean-François Ruiz de la Galerie Lisa qui a trouvé ça formidable et a voulu en exposer quelques-unes. C’est une personnalité de la rue et nous sommes voisins, alors on a voulu cumuler nos richesses et nos efforts dans ce projet.

Dans votre galerie, on a tendance à faire le tour du monde. Qu’apprend-on avec le voyage de Georges Portal ?

C’était une époque étonnante, mysté- rieuse, d’une grande richesse culturelle : les grands voyages, les grandes découvertes, Baudelaire, Pierre Loti, Cocteau, les peintres cubistes. Ils n’étaient pas confrontés à la notion de colonialisme comme aujourd’hui. On n’avait pas encore de recul. Ils tombaient fous amoureux des lieux. Georges ne prenait pas en photo d’occidentaux, car pour lui ces lieux appartenaient aux gens qui y habitaient. Il était très sensible aux ambiances et aux personnes. La moitié de ses photos sont en contre-jour : les choses sont là, elles existent, mais on ne les définit pas. Il prenait pour assises les monuments connus pour mettre au premier plan la vie qui l’occupait. Au travers de ces monstres d’histoires, ce sont les petits enfants que l'on regarde. La pratique de la photographie, c’est une leçon d’humilité : aller à la rencontre des choses du monde et des gens du quotidien, de la terre et des éléments dans toute leur simplicité.

 

Maureen Gontier.

Décembre 2021


Discipline: Articles, Photographie



Catégories : Articles, Photographie

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Trésors Inédits de Georges Portal
Galerie 15 avec la Galerie Lisa -Toulon
Du 2 Décembre 2021 au 26 février 2022

 

Directeur artistique de la Galerie 15, Pierre-Jean Rey expose le travail de jeunes photographes depuis 2017 dans la Rue des Arts de Toulon. Cette fois, il nous propose de découvrir des “trésors inédits” datant des années 1930.

 

Comment avez-vous découvert le travail de Georges Portal ?

Chez moi, on l'appelait le Grand Cousin Georges. Son laboratoire était dans le garage de la propriété de mes parents. Avec mon père, ils s'étaient connus pendant la guerre de 14-18 et étaient restés amis. Il avait construit un petit appartement sur notre propriété. Ce personnage étonnant était comédien et venait tous les étés après avoir voyagé pour ses spectacles.

Quels liens établissez-vous entre sa pratique du théâtre et de la photo ?

C'était un personnage fascinant. Dès mes six ans, il m'a donné le goût de la photographie. Tout était grâce et élégance. Il séparait bien les choses, mais c'était un homme à la fois humble, théâtral, photographe dans l'âme et dans le style, d’un courage exceptionnel et qui arrivait toujours plein de cadeaux et de sucreries. Il écrivait toujours en violet sur du papier orange et avait beaucoup de goût, même pour s’habiller. Un soin naturel et une humanité qu’on retrouve dans son travail d’artiste.

Pourquoi exposer son travail aujourd’hui ?

Ce sont des photos qui ont près d’un siècle et qui sont toujours vivantes. Quatre-vingt ans après, c’est la première fois qu’elles vont être révélées au public. À l’époque, c’était une vraie décision de faire une photo car on avait un nombre limité de pellicules. En l'occurrence, Georges utilisait des plaques que nous avons gardées pour faire les cartels de l'exposition avec son écriture violette ! On en a scanné quatre cent, puis sélectionné et nettoyé une centaine et on en a choisi seulement la moitié, les plus puissantes. Techniquement, c’était parfait. Son appareil faisait des photos en relief, aucun mono objectif n’avait cette qualité. J’ai aussi montré ces photos à Jean-François Ruiz de la Galerie Lisa qui a trouvé ça formidable et a voulu en exposer quelques-unes. C’est une personnalité de la rue et nous sommes voisins, alors on a voulu cumuler nos richesses et nos efforts dans ce projet.

Dans votre galerie, on a tendance à faire le tour du monde. Qu’apprend-on avec le voyage de Georges Portal ?

C’était une époque étonnante, mysté- rieuse, d’une grande richesse culturelle : les grands voyages, les grandes découvertes, Baudelaire, Pierre Loti, Cocteau, les peintres cubistes. Ils n’étaient pas confrontés à la notion de colonialisme comme aujourd’hui. On n’avait pas encore de recul. Ils tombaient fous amoureux des lieux. Georges ne prenait pas en photo d’occidentaux, car pour lui ces lieux appartenaient aux gens qui y habitaient. Il était très sensible aux ambiances et aux personnes. La moitié de ses photos sont en contre-jour : les choses sont là, elles existent, mais on ne les définit pas. Il prenait pour assises les monuments connus pour mettre au premier plan la vie qui l’occupait. Au travers de ces monstres d’histoires, ce sont les petits enfants que l'on regarde. La pratique de la photographie, c’est une leçon d’humilité : aller à la rencontre des choses du monde et des gens du quotidien, de la terre et des éléments dans toute leur simplicité.

 

Maureen Gontier.

Décembre 2021