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Renaud Nattiez - Tintin et Brassens Renaud Nattiez - Tintin et Brassens
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Renaud Nattiez - Tintin et Brassens

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LITTERATURE

Meurtres à Moulinserre
Sortie en librairies le 7 avril
Dictionnaire Georges Brassens
Déjà disponible

Renaud est reconnu en tant que spécialiste de Tintin, il dirige d’ailleurs la collection « Zoom sur Hergé » pour les éditions L’Harmattan. Après plusieurs essais, il a décidé cette fois de s’intéresser à une fiction dans cet univers. Mais, c’est également un passionné de Brassens, son ouvrage précédent étant un « Dictionnaire Georges Brassens ». Nous l’avons interrogé sur les liens entre ces deux univers.

Qu’est-ce qui vous a donné envie cette fois de passer à la fiction ?

Depuis 2016, j’ai écrit cinq essais, c’est un genre contraignant dans la mesure où l’on est prisonnier de l’œuvre ou de l’auteur. Sur le dictionnaire des noms propres de Brassens par exemple, j’ai dû recenser tous les noms propres. Le roman donne plus de liberté : on ne peut pas te reprocher de dire des bêtises. Dans un roman, surtout policier, on peut donner libre cours à sa créativité, on contrôle le dénouement.

Pourquoi un polar ?

J’avais envie de créer un univers parallèle à la BD, qui ne reproduise pas vraiment un album de Tintin. J’ai choisi de créer trois niveaux de personnages : des réels, facilement reconnaissables, des personnages de fiction de l’univers de Tintin, un peu transformés, et d’autres inventés, dont cette commissaire de police, créée de toutes pièces. Je trouvais intéressant de voir comment ces personnages s’imbriquaient. Elle serait la filleule de Bianca Jagger, ex-femme de Mick, et ambassadrice des droits de l’Homme auprès des Nations Unies. Bianca est une Nicaraguayenne, qui a fait des études à Science Po, et a une amie française, mère de notre détective : Satisfaction, fan des Rolling Stones !

Quels sont les liens entre Brassens et Hergé ?

On peut penser que tout les oppose. Brassens : un peu rebelle, anticlérical, anar’… Qui utilise des gros mots, est anti-institution, parle d’amour et de femmes... Tintin : boyscout catholique... Je me demandais pourquoi moi, et de nombreux autres de ma génération, avions cette admiration pour les deux. En y regardant de plus près, j’ai trouvé beaucoup de similitudes. D’abord ce goût fondamental pour la liberté, valeur la plus importante pour Brassens, très individualiste, contre toutes les interdictions. Tintin, lui, en est l’incarnation même : un visage indéterminé, sans attaches, ni femme, ni enfant, ni parent, sans contraintes matérielles, sans vrai métier… Par ailleurs, je pense que Brassens a eu une éducation religieuse très poussée, sa mère étant napolitaine et profondément croyante. Elle n’est, d’ailleurs, jamais allée le voir sur scène, à cause de son langage. Il a donc des valeurs profondément humanistes, d’inspiration chrétienne : défense des petites gens, des délinquants, voire des voleurs, amour de son prochain… Mais il n’est pas militant, étant contre l’engagement collectif, tout comme Tintin, surtout dans son évolution, qui pense seulement à sauver ses amis : Tournesol, la Castafiore, les Dupont… Ils font également, tous deux, preuve d’un grand scepticisme. Brassens ne pense pas pouvoir changer la société et Hergé disait souvent : « Les convictions sont des prisons », citant Nietzsche... Mais l’amitié, cependant, est fondamentale chez les deux. Brassens place l’amitié avant l’amour : ce sont « Les copains d’abord ». Tintin, lui, vit avec ses potes en colocation et met l’amitié au-dessus de tout. Enfin, bien sûr ces similitudes entre Brassens et Haddock. Ils se ressemblent physiquement, aiment le tabac, ne sont pas insensibles à l’alcool. Ils aiment la mer, les bateaux : Brassens nait à Sète et possède un bateau. Et plus original, les jurons, ces insultes qui sont de véritables Beaux-Arts. Il a été recensé deux cents et quelques jurons dans le vocabulaire d’Haddock. Brassens est connu pour ça aussi, comme dans « La ronde des jurons » ou « Le pornographe ». Il y en a six désuets qu’ils utilisent tous les deux : Malappris, Mercanti, Amphytrion, Ecornifleur, Jocrisse, Malotru.

 

ITW Haddock par Brassens

C’est quand même mieux Sète que Brest non ?
Ben non, mille sabords, tu ne peux pas crier : « Tonnerre de Sète » !
Mercanti ? Amphitryon ? Ecornifleur ? Allez, ton préféré ?
Les trois font partie de mon répertoire et tu les as réutilisés dans tes chansons, ainsi que Jocrisse, malappris et malotru, j’en suis flatté. J’aime bien « écornifleur » (parasite), qui me fait penser à Séraphin Lampion.
Quel copain d’abord ?
Tintin évidemment, qui m’a sorti du gouffre dans Le Crabe aux pinces d’or. Mais Tryphon aussi est un chic type.
T’as réussi à te mettre à la Cigarette Electronique toi ?
Pas plus que toi, espèce d’empoisonneur ! Rien ne vaut une bonne pipe (au coin du feu). J’adore les coups de tabac !!!
Sur quel bateau aurais-tu aimé être marin ?
Sur Les copains d’abord, bien sûr. Et j’aurais chanté avec toi : « Sauve qui peut le vin et le whisky d’abord ! »
Vénus ou Bacchus ?
Je suis moins intimidé par Bacchus. Peut-être parce qu’on a voulu me marier avec Bianca Castafiore !


Discipline: Articles, Littérature



Catégories : Articles, Littérature

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Meurtres à Moulinserre
Sortie en librairies le 7 avril
Dictionnaire Georges Brassens
Déjà disponible

Renaud est reconnu en tant que spécialiste de Tintin, il dirige d’ailleurs la collection « Zoom sur Hergé » pour les éditions L’Harmattan. Après plusieurs essais, il a décidé cette fois de s’intéresser à une fiction dans cet univers. Mais, c’est également un passionné de Brassens, son ouvrage précédent étant un « Dictionnaire Georges Brassens ». Nous l’avons interrogé sur les liens entre ces deux univers.

Qu’est-ce qui vous a donné envie cette fois de passer à la fiction ?

Depuis 2016, j’ai écrit cinq essais, c’est un genre contraignant dans la mesure où l’on est prisonnier de l’œuvre ou de l’auteur. Sur le dictionnaire des noms propres de Brassens par exemple, j’ai dû recenser tous les noms propres. Le roman donne plus de liberté : on ne peut pas te reprocher de dire des bêtises. Dans un roman, surtout policier, on peut donner libre cours à sa créativité, on contrôle le dénouement.

Pourquoi un polar ?

J’avais envie de créer un univers parallèle à la BD, qui ne reproduise pas vraiment un album de Tintin. J’ai choisi de créer trois niveaux de personnages : des réels, facilement reconnaissables, des personnages de fiction de l’univers de Tintin, un peu transformés, et d’autres inventés, dont cette commissaire de police, créée de toutes pièces. Je trouvais intéressant de voir comment ces personnages s’imbriquaient. Elle serait la filleule de Bianca Jagger, ex-femme de Mick, et ambassadrice des droits de l’Homme auprès des Nations Unies. Bianca est une Nicaraguayenne, qui a fait des études à Science Po, et a une amie française, mère de notre détective : Satisfaction, fan des Rolling Stones !

Quels sont les liens entre Brassens et Hergé ?

On peut penser que tout les oppose. Brassens : un peu rebelle, anticlérical, anar’… Qui utilise des gros mots, est anti-institution, parle d’amour et de femmes... Tintin : boyscout catholique... Je me demandais pourquoi moi, et de nombreux autres de ma génération, avions cette admiration pour les deux. En y regardant de plus près, j’ai trouvé beaucoup de similitudes. D’abord ce goût fondamental pour la liberté, valeur la plus importante pour Brassens, très individualiste, contre toutes les interdictions. Tintin, lui, en est l’incarnation même : un visage indéterminé, sans attaches, ni femme, ni enfant, ni parent, sans contraintes matérielles, sans vrai métier… Par ailleurs, je pense que Brassens a eu une éducation religieuse très poussée, sa mère étant napolitaine et profondément croyante. Elle n’est, d’ailleurs, jamais allée le voir sur scène, à cause de son langage. Il a donc des valeurs profondément humanistes, d’inspiration chrétienne : défense des petites gens, des délinquants, voire des voleurs, amour de son prochain… Mais il n’est pas militant, étant contre l’engagement collectif, tout comme Tintin, surtout dans son évolution, qui pense seulement à sauver ses amis : Tournesol, la Castafiore, les Dupont… Ils font également, tous deux, preuve d’un grand scepticisme. Brassens ne pense pas pouvoir changer la société et Hergé disait souvent : « Les convictions sont des prisons », citant Nietzsche... Mais l’amitié, cependant, est fondamentale chez les deux. Brassens place l’amitié avant l’amour : ce sont « Les copains d’abord ». Tintin, lui, vit avec ses potes en colocation et met l’amitié au-dessus de tout. Enfin, bien sûr ces similitudes entre Brassens et Haddock. Ils se ressemblent physiquement, aiment le tabac, ne sont pas insensibles à l’alcool. Ils aiment la mer, les bateaux : Brassens nait à Sète et possède un bateau. Et plus original, les jurons, ces insultes qui sont de véritables Beaux-Arts. Il a été recensé deux cents et quelques jurons dans le vocabulaire d’Haddock. Brassens est connu pour ça aussi, comme dans « La ronde des jurons » ou « Le pornographe ». Il y en a six désuets qu’ils utilisent tous les deux : Malappris, Mercanti, Amphytrion, Ecornifleur, Jocrisse, Malotru.

 

ITW Haddock par Brassens

C’est quand même mieux Sète que Brest non ?
Ben non, mille sabords, tu ne peux pas crier : « Tonnerre de Sète » !
Mercanti ? Amphitryon ? Ecornifleur ? Allez, ton préféré ?
Les trois font partie de mon répertoire et tu les as réutilisés dans tes chansons, ainsi que Jocrisse, malappris et malotru, j’en suis flatté. J’aime bien « écornifleur » (parasite), qui me fait penser à Séraphin Lampion.
Quel copain d’abord ?
Tintin évidemment, qui m’a sorti du gouffre dans Le Crabe aux pinces d’or. Mais Tryphon aussi est un chic type.
T’as réussi à te mettre à la Cigarette Electronique toi ?
Pas plus que toi, espèce d’empoisonneur ! Rien ne vaut une bonne pipe (au coin du feu). J’adore les coups de tabac !!!
Sur quel bateau aurais-tu aimé être marin ?
Sur Les copains d’abord, bien sûr. Et j’aurais chanté avec toi : « Sauve qui peut le vin et le whisky d’abord ! »
Vénus ou Bacchus ?
Je suis moins intimidé par Bacchus. Peut-être parce qu’on a voulu me marier avec Bianca Castafiore !