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Sophie Avon - Sonder de quoi on est fait. Sophie Avon - Sonder de quoi on est fait.
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Sophie Avon - Sonder de quoi on est fait. Sophie Avon - Sonder de quoi on est fait.

Sophie Avon - Sonder de quoi on est fait.

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Dans son nouveau roman " Une femme remarquable ", en lice pour le prix Renaudot des Lycéens, Sophie Avon raconte sa grand-mère, et, à travers elle, décrit cette Algérie d’après-guerre dont elle est partie à l’âge de trois ans, ce qui, bien qu’elle ne s’en souvienne pas, a été déterminant dans son parcours.

En quoi votre grand-mère était-elle une femme remarquable ?
Je ne l’ai jamais connue. A travers elle, je voulais raconter une partie de l’Algérie. Également ces femmes qui se battent, au quotidien, pour gérer le travail, les enfants… Elle est née en 1900, mais elle a élevé quatre enfants, elle partait en charrette faire un travail exténuant… Elle s’est battue pour devenir instit’ et était furieuse parce qu’elle n’avait pas le droit de vote, alors que le poivrot du coin, oui. C’est avant tout une femme emblématique d’une époque très particulière, l’Algérie française, coloniale, d’après-guerre. On parle beaucoup des injustices du colonialisme et c’était un scandale bien sûr. Mais on ne parle pas des gens ordinaires, le plus gros de la population pied-noire. La fraternité existait avec les Arabes, et la solidarité aussi. Je ne m’érige pas en défenseur non plus, ce qui m’intéresse c’est la littérature. Je parle de cette Algérie où je suis née, en 59, mais dont je n’ai pas de souvenir.

Quels rapports avez-vous gardés avec l’Algérie ?
Des rapports intimes, mais très souterrains. J’y suis retournée en 88, je me suis baladée, dans Alger, sur les traces de Camus. C’est un rapport charnel, sans nostalgie, mais avec une intimité profonde. Je suis née dans un pays qui n’existe plus, une petite sœur est morte là-bas… Il y a un rapport de manque, très théorique, mais qui compte. On vous a arrachée à un pays, c’est déterminant. C’est la mode d’aller chercher vos ascendances. Les arbres généalogiques m’emmerdent, mais en vieillissant on est tout de même rattrapée par ce qui nous a précédé. Avant sa mort, j’avais interrogé mon père sur l’Algérie et il m’avait beaucoup parlé de sa mère. Sûrement, inconsciemment, je prévoyais d’écrire sur le sujet. Le travail d’écrivain est de sonder de quoi on est fait.

Vous parlez de l’écriture d’un deuxième livre fantôme pendant que l’on écrit, pouvez-vous nous en dire plus ?
On part avec l’idée d’un livre. On essaie de récolter des trucs : les confidences de mon père, des recherches sur l’Algérie... Et à un moment, il faut écrire ces scènes que l’on a imaginées. Je n’ai pas connu cette femme, et le film que j’ai où on la voit toute petite ne suffit pas. Il faut fantasmer. Probablement qu’elle me ressemble, elle aime les livres aussi... On brode, on écrit et quand on arrive au bout on n’a pas écrit le livre qu’on imaginait, mais un autre, plus souterrain, plus caché. C’est votre inconscient qui écrit, pas vous.

Votre grand-mère a été marquée par la perte d’une fille en bas âge…
Elle ne s’en est jamais remise, même si perdre un enfant était courant à l’époque. Mon père l’a connue avant, il me parlait d’une jeune femme gaie, lumineuse, charmante. Ses plus jeunes frères, nés après, décrivent une femme sévère et austère. On dirait qu’ils n’ont pas connu la même femme. Ma mère a également perdu une petite fille. J’y vois un lien avec le fait que je n’ai jamais eu d’enfant. Pour moi, donner la vie, c’est donner la mort…

Il y aura une rencontre avec le public lors de la Fête du Livre…
Nous serons trois auteurs, autour du thème de l’exil. Car l’exode des Pieds-noirs a été un exil. Un déracinement. C’est un sentiment qui donne de la force aussi.

Fabrice Lo Piccolo

Novembre 2021

https://www.facebook.com/sophie.avon.98

https://www.facebook.com/fetedulivreduvar

https://www.var.fr/home 


Discipline: Articles, Littérature, Événements



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Dans son nouveau roman " Une femme remarquable ", en lice pour le prix Renaudot des Lycéens, Sophie Avon raconte sa grand-mère, et, à travers elle, décrit cette Algérie d’après-guerre dont elle est partie à l’âge de trois ans, ce qui, bien qu’elle ne s’en souvienne pas, a été déterminant dans son parcours.

En quoi votre grand-mère était-elle une femme remarquable ?
Je ne l’ai jamais connue. A travers elle, je voulais raconter une partie de l’Algérie. Également ces femmes qui se battent, au quotidien, pour gérer le travail, les enfants… Elle est née en 1900, mais elle a élevé quatre enfants, elle partait en charrette faire un travail exténuant… Elle s’est battue pour devenir instit’ et était furieuse parce qu’elle n’avait pas le droit de vote, alors que le poivrot du coin, oui. C’est avant tout une femme emblématique d’une époque très particulière, l’Algérie française, coloniale, d’après-guerre. On parle beaucoup des injustices du colonialisme et c’était un scandale bien sûr. Mais on ne parle pas des gens ordinaires, le plus gros de la population pied-noire. La fraternité existait avec les Arabes, et la solidarité aussi. Je ne m’érige pas en défenseur non plus, ce qui m’intéresse c’est la littérature. Je parle de cette Algérie où je suis née, en 59, mais dont je n’ai pas de souvenir.

Quels rapports avez-vous gardés avec l’Algérie ?
Des rapports intimes, mais très souterrains. J’y suis retournée en 88, je me suis baladée, dans Alger, sur les traces de Camus. C’est un rapport charnel, sans nostalgie, mais avec une intimité profonde. Je suis née dans un pays qui n’existe plus, une petite sœur est morte là-bas… Il y a un rapport de manque, très théorique, mais qui compte. On vous a arrachée à un pays, c’est déterminant. C’est la mode d’aller chercher vos ascendances. Les arbres généalogiques m’emmerdent, mais en vieillissant on est tout de même rattrapée par ce qui nous a précédé. Avant sa mort, j’avais interrogé mon père sur l’Algérie et il m’avait beaucoup parlé de sa mère. Sûrement, inconsciemment, je prévoyais d’écrire sur le sujet. Le travail d’écrivain est de sonder de quoi on est fait.

Vous parlez de l’écriture d’un deuxième livre fantôme pendant que l’on écrit, pouvez-vous nous en dire plus ?
On part avec l’idée d’un livre. On essaie de récolter des trucs : les confidences de mon père, des recherches sur l’Algérie... Et à un moment, il faut écrire ces scènes que l’on a imaginées. Je n’ai pas connu cette femme, et le film que j’ai où on la voit toute petite ne suffit pas. Il faut fantasmer. Probablement qu’elle me ressemble, elle aime les livres aussi... On brode, on écrit et quand on arrive au bout on n’a pas écrit le livre qu’on imaginait, mais un autre, plus souterrain, plus caché. C’est votre inconscient qui écrit, pas vous.

Votre grand-mère a été marquée par la perte d’une fille en bas âge…
Elle ne s’en est jamais remise, même si perdre un enfant était courant à l’époque. Mon père l’a connue avant, il me parlait d’une jeune femme gaie, lumineuse, charmante. Ses plus jeunes frères, nés après, décrivent une femme sévère et austère. On dirait qu’ils n’ont pas connu la même femme. Ma mère a également perdu une petite fille. J’y vois un lien avec le fait que je n’ai jamais eu d’enfant. Pour moi, donner la vie, c’est donner la mort…

Il y aura une rencontre avec le public lors de la Fête du Livre…
Nous serons trois auteurs, autour du thème de l’exil. Car l’exode des Pieds-noirs a été un exil. Un déracinement. C’est un sentiment qui donne de la force aussi.

Fabrice Lo Piccolo

Novembre 2021

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