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Zagros Mehrkian - Bonne année !

Zagros Mehrkian - Bonne année !

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Zagros, ancien étudiant de l’ESADTPM, et lauréat de nombreux prix, est devenu récemment professeur de photographie dans son ancien école. Iranien d’origine, cet artiste hors-du-commun nous fait partager son univers. Allez, c’est l’heure : agougou !

Ton medium initial est la photographie, pourquoi avoir bifurqué vers la performance, la sculpture ?

Tout d’abord bonne année à tous ! Hé oui, en plein mois de mars ! Mais c’est le nouvel an iranien. Je tiens à préciser que je continue toujours la photographie. C’est ma passion. On a une très longue histoire la photo et moi. Mon père fut mon premier professeur. Il m’a offert un appareil Lomo quand j’étais enfant. J’ai participé à des concours photos pour les jeunes, et j’ai eu quelques succès. Ce fut un vrai déclencheur pour moi. J’ai fait un bac informatique, mais je continuais à faire de la photo tout le temps. Pour le stage obligatoire pour valider mon diplôme, j’ai travaillé en agence presse. Puis ils m’ont gardé, mais pas en informatique, au service photo ! J’ai quitté l’Iran par rapport aux événements politiques. A mon arrivée en France, je suis tout de suite rentré aux Beaux-Arts, pour apprendre la photographie artistique. Mais j’ai surtout appris que chaque medium a ses limites. Un artiste contemporain aujourd’hui doit penser « out of the box ». N’importe quel support peut nous permettre de nous exprimer. Je trouvais que les performances étaient très adaptées à ce que je souhaitais exprimer, en intégrant des vidéos, de la photo, ou de la sculpture…

En quoi la situation politique de ton pays d’origine influence-t-elle ton travail ?

Je viens du journalisme, surtout politique. Je m’intéresse à l’histoire de mon pays. Mais aussi à celle des autres pays. J’ai beaucoup travaillé avec des immigrants, notamment au cours du projet de recherche de l’ESADTPM, en jumelage avec d’autres écoles : « migrations, murmurations ». J’ai interrogé de nombreux migrants dans ce cadre. Pour moi tous les artistes sont engagés. Certains sont engagés vers l’art, d’autres vers l’humanité, vers la vie. Et certains comme moi ont un engagement politique.

Tu as beaucoup travaillé sur la thématique du langage, pourquoi...

J’ai décidé de quitter mon pays en six mois, donc je n’ai pas vraiment eu le temps de bien apprendre le Français. Je connaissais uniquement quelques phrases types. C’était un grand handicap pour moi. Alors avec mes colocataires on a inventé un langage, à base d’onomatopées. Pour manger on disait « Agougou », et on y associait des gestes. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point le langage était fondamental. L’art en lui-même est un langage. D’ailleurs le Master s’appelle Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique.

Des projets ?

Avec le confinement, on produit et on a le temps de réfléchir à ce que l’on veut créer. Je pense à une nouvelle performance, autour de la torture et de la liberté d’expression. Dans l’art, on fait, on défait, on refait. Je travaille sur quelques sculptures aussi, des moulages d’expressions du visage en cire. Un artiste à une nécessité de créer. Giacometti pendant la deuxième guerre mondiale, voyageait beaucoup, et ne pouvait pas faire ses sculptures habituelles. Il a donc créé des œuvres en bronze qui pouvaient tenir dans une boite d’allumettes. J’aime cet exemple.

Tu es aujourd’hui professeur à l’ESADTPM...

J’ai beaucoup apprécié mon cursus. Je souhaite d’ailleurs remercier vivement le directeur Jean-Marc Avrilla qui m’a fait confiance. J’ai appris beaucoup de choses. Cette école c’est chez moi. Et les professeurs sont des exemples pour moi. Ils m’ont poussé à aller plus loin. Aujourd’hui quand j’enseigne, j’essaie de mettre en place une continuité avec leur travail.


Discipline: Articles, Photographie,



Catégories : Articles, Photographie,

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Zagros, ancien étudiant de l’ESADTPM, et lauréat de nombreux prix, est devenu récemment professeur de photographie dans son ancien école. Iranien d’origine, cet artiste hors-du-commun nous fait partager son univers. Allez, c’est l’heure : agougou !

Ton medium initial est la photographie, pourquoi avoir bifurqué vers la performance, la sculpture ?

Tout d’abord bonne année à tous ! Hé oui, en plein mois de mars ! Mais c’est le nouvel an iranien. Je tiens à préciser que je continue toujours la photographie. C’est ma passion. On a une très longue histoire la photo et moi. Mon père fut mon premier professeur. Il m’a offert un appareil Lomo quand j’étais enfant. J’ai participé à des concours photos pour les jeunes, et j’ai eu quelques succès. Ce fut un vrai déclencheur pour moi. J’ai fait un bac informatique, mais je continuais à faire de la photo tout le temps. Pour le stage obligatoire pour valider mon diplôme, j’ai travaillé en agence presse. Puis ils m’ont gardé, mais pas en informatique, au service photo ! J’ai quitté l’Iran par rapport aux événements politiques. A mon arrivée en France, je suis tout de suite rentré aux Beaux-Arts, pour apprendre la photographie artistique. Mais j’ai surtout appris que chaque medium a ses limites. Un artiste contemporain aujourd’hui doit penser « out of the box ». N’importe quel support peut nous permettre de nous exprimer. Je trouvais que les performances étaient très adaptées à ce que je souhaitais exprimer, en intégrant des vidéos, de la photo, ou de la sculpture…

En quoi la situation politique de ton pays d’origine influence-t-elle ton travail ?

Je viens du journalisme, surtout politique. Je m’intéresse à l’histoire de mon pays. Mais aussi à celle des autres pays. J’ai beaucoup travaillé avec des immigrants, notamment au cours du projet de recherche de l’ESADTPM, en jumelage avec d’autres écoles : « migrations, murmurations ». J’ai interrogé de nombreux migrants dans ce cadre. Pour moi tous les artistes sont engagés. Certains sont engagés vers l’art, d’autres vers l’humanité, vers la vie. Et certains comme moi ont un engagement politique.

Tu as beaucoup travaillé sur la thématique du langage, pourquoi...

J’ai décidé de quitter mon pays en six mois, donc je n’ai pas vraiment eu le temps de bien apprendre le Français. Je connaissais uniquement quelques phrases types. C’était un grand handicap pour moi. Alors avec mes colocataires on a inventé un langage, à base d’onomatopées. Pour manger on disait « Agougou », et on y associait des gestes. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point le langage était fondamental. L’art en lui-même est un langage. D’ailleurs le Master s’appelle Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique.

Des projets ?

Avec le confinement, on produit et on a le temps de réfléchir à ce que l’on veut créer. Je pense à une nouvelle performance, autour de la torture et de la liberté d’expression. Dans l’art, on fait, on défait, on refait. Je travaille sur quelques sculptures aussi, des moulages d’expressions du visage en cire. Un artiste à une nécessité de créer. Giacometti pendant la deuxième guerre mondiale, voyageait beaucoup, et ne pouvait pas faire ses sculptures habituelles. Il a donc créé des œuvres en bronze qui pouvaient tenir dans une boite d’allumettes. J’aime cet exemple.

Tu es aujourd’hui professeur à l’ESADTPM...

J’ai beaucoup apprécié mon cursus. Je souhaite d’ailleurs remercier vivement le directeur Jean-Marc Avrilla qui m’a fait confiance. J’ai appris beaucoup de choses. Cette école c’est chez moi. Et les professeurs sont des exemples pour moi. Ils m’ont poussé à aller plus loin. Aujourd’hui quand j’enseigne, j’essaie de mettre en place une continuité avec leur travail.