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Zagros Mehrkian, Le langage de l’art.

Zagros Mehrkian, Le langage de l’art.

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Du 04.04 au 11.05 - Galerie de l’Ecole - Place des Savonnières - Toulon

 

L’exposition Passage 2 permet aux diplômés de 2018 de l’ESADTPM d’exposer leurs oeuvres récentes. Nous y avons rencontré Zagros, ancien photographe de presse en Iran, qui depuis l’obtention de son diplôme accumule les prix dont celui de l’exposition Thèm’arts 2018 et le prestigieux Start Point Prize de Prague.

 

Comment se sont passées tes études à l’ESADTPM ?
Depuis que je suis arrivé, ça a tourné autour de la question du langage. Je ne parlais pas français et ne comprenais pas du tout ce qui se passait autour de mois. J’avais trois phrases dans mon vocabulaire. Je suis d’abord parti en section Design, mais ça ne me convenait pas, bien que ça m’ait apporté beaucoup de choses, notamment des techniques, et un certain regard. J’ai repris le cursus Art en troisième année, mais la deuxième année me manquait et j’ai redoublé. A ce moment, j’étais toujours concentré sur la photo, mon métier de base. Ce redoublement m’a ouvert à mon nouveau travail. De mon handicap, cette barrière de la langue, ont découlé mes créations. Je me suis intéressé à comment je pouvais dire ce que je ne pouvais pas dire avec des mots. En ce moment je travaille avec Eric Blanco sur le festival les Eau’ditives, où je vais présenter une série commencée en troisième année.

Quelle pièce présentes-tu pour cette exposition ?
C’est toujours un travail sur la communication. D’habitude c’est moi qui parle. Là je mets les mots dans la bouche des gens (au travers d’une sculpture ndlr). C’est une expérimentation réussie pour moi. Je veux rester dans ce concept de sculpture sonore. Dans cette pièce en particulier, il y a un rapport à la photo. C’est la fixation d’un instant car une partie de mon moulage est sculptée sur ma machoire. On y entend une poésie que j’ai écrite en persan :
Zaman Mibareh Keh, «il faut du temps». Je l’ai écrite en phonétique, et faite lire à des amis . Pour cette exposition, nous n’avions pas de thème, mais il se trouve qu’elle est très sonore. Nous sommes quatre à partir sur des thèmes sonores : Léandrine, Ilania, Sophie, et moi. Le titre de ma pièce est «Cassandre». C’est un clin d’œil à une amie, Cassandra, plasticienne et musicienne dans un groupe.

Tu es lauréat du prestigieux Start Point Prize, récompensant le meilleur diplômé d’Ecole d’Art d’Europe...
Le concept est de présenter les pièces réalisées pour notre diplôme. C’est un concours pour tous les jeunes diplômés d’Europe de grandes écoles d’art. Il y avait la Royal Academy de Londres, l’école d’Amsterdam et de nombreuses autres écoles prestigieuses. Je présentais «La tour de Babel», une performance vidéo, où je questionne horizontalité et verticalité, en lisant neuf versets sacrés. C’est un travail sur le langage et la communication en neuf minutes car il y a neuf versets. J’ai également présenté «Khomeny», avec un discours d’août 99, très aggressif, à tel point qu’il a même été censuré par la télévision iranienne. C’est la première fois que quelqu’un prononce le mot Hezbollah en Iran. C’est à la suite de ce discours que l’Iran est devenu totalitaire. J’en prends un extrait, et à certains moments je remplace certains mots par des onomatopées et des gestes. Cette pièce est mise face à face avec « une histoire de guerre » : je suis né au milieu de la guerre Iran-Irak, et je me rappelle que pendant mon enfance, pour moi les bombardements étaient comme des parties de cache cache géantes. Toute la politique intérieure en Iran aujourd’hui est basée sur cette période. Dans une autre vidéo, je prononce les mots interdits iraniens, tous ces mots qui nous feraient perdre la qualité de musulman et mettraient donc notre vie en danger. Mais je les dis avec un préservatif sur la langue, comme pour rendre le discours désinfecté, stérile... Lors de ce concours j’ai rencontré d’autres artistes diplômés en même temps que moi. Je me suis aperçu que l’on avait un regard similaire sur les choses. J’ai compris que ce n’est pas l’école qui fait l’artiste. Une école comme la notre peut offrir les mêmes opportunités qu’une école londonienne.

 

Site web de l'ESADTPM

 

Artistes Passage 2  : 

Iliana Chazal
Zagros Mehrkian
Lucas Irad
Sophie Scognamillo
Morgana Planchais
Bora Lee
Léandrine Damien

 

 

 


Discipline: Articles, Arts graphiques



Catégories : Articles, Arts graphiques

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Du 04.04 au 11.05 - Galerie de l’Ecole - Place des Savonnières - Toulon

 

L’exposition Passage 2 permet aux diplômés de 2018 de l’ESADTPM d’exposer leurs oeuvres récentes. Nous y avons rencontré Zagros, ancien photographe de presse en Iran, qui depuis l’obtention de son diplôme accumule les prix dont celui de l’exposition Thèm’arts 2018 et le prestigieux Start Point Prize de Prague.

 

Comment se sont passées tes études à l’ESADTPM ?
Depuis que je suis arrivé, ça a tourné autour de la question du langage. Je ne parlais pas français et ne comprenais pas du tout ce qui se passait autour de mois. J’avais trois phrases dans mon vocabulaire. Je suis d’abord parti en section Design, mais ça ne me convenait pas, bien que ça m’ait apporté beaucoup de choses, notamment des techniques, et un certain regard. J’ai repris le cursus Art en troisième année, mais la deuxième année me manquait et j’ai redoublé. A ce moment, j’étais toujours concentré sur la photo, mon métier de base. Ce redoublement m’a ouvert à mon nouveau travail. De mon handicap, cette barrière de la langue, ont découlé mes créations. Je me suis intéressé à comment je pouvais dire ce que je ne pouvais pas dire avec des mots. En ce moment je travaille avec Eric Blanco sur le festival les Eau’ditives, où je vais présenter une série commencée en troisième année.

Quelle pièce présentes-tu pour cette exposition ?
C’est toujours un travail sur la communication. D’habitude c’est moi qui parle. Là je mets les mots dans la bouche des gens (au travers d’une sculpture ndlr). C’est une expérimentation réussie pour moi. Je veux rester dans ce concept de sculpture sonore. Dans cette pièce en particulier, il y a un rapport à la photo. C’est la fixation d’un instant car une partie de mon moulage est sculptée sur ma machoire. On y entend une poésie que j’ai écrite en persan :
Zaman Mibareh Keh, «il faut du temps». Je l’ai écrite en phonétique, et faite lire à des amis . Pour cette exposition, nous n’avions pas de thème, mais il se trouve qu’elle est très sonore. Nous sommes quatre à partir sur des thèmes sonores : Léandrine, Ilania, Sophie, et moi. Le titre de ma pièce est «Cassandre». C’est un clin d’œil à une amie, Cassandra, plasticienne et musicienne dans un groupe.

Tu es lauréat du prestigieux Start Point Prize, récompensant le meilleur diplômé d’Ecole d’Art d’Europe...
Le concept est de présenter les pièces réalisées pour notre diplôme. C’est un concours pour tous les jeunes diplômés d’Europe de grandes écoles d’art. Il y avait la Royal Academy de Londres, l’école d’Amsterdam et de nombreuses autres écoles prestigieuses. Je présentais «La tour de Babel», une performance vidéo, où je questionne horizontalité et verticalité, en lisant neuf versets sacrés. C’est un travail sur le langage et la communication en neuf minutes car il y a neuf versets. J’ai également présenté «Khomeny», avec un discours d’août 99, très aggressif, à tel point qu’il a même été censuré par la télévision iranienne. C’est la première fois que quelqu’un prononce le mot Hezbollah en Iran. C’est à la suite de ce discours que l’Iran est devenu totalitaire. J’en prends un extrait, et à certains moments je remplace certains mots par des onomatopées et des gestes. Cette pièce est mise face à face avec « une histoire de guerre » : je suis né au milieu de la guerre Iran-Irak, et je me rappelle que pendant mon enfance, pour moi les bombardements étaient comme des parties de cache cache géantes. Toute la politique intérieure en Iran aujourd’hui est basée sur cette période. Dans une autre vidéo, je prononce les mots interdits iraniens, tous ces mots qui nous feraient perdre la qualité de musulman et mettraient donc notre vie en danger. Mais je les dis avec un préservatif sur la langue, comme pour rendre le discours désinfecté, stérile... Lors de ce concours j’ai rencontré d’autres artistes diplômés en même temps que moi. Je me suis aperçu que l’on avait un regard similaire sur les choses. J’ai compris que ce n’est pas l’école qui fait l’artiste. Une école comme la notre peut offrir les mêmes opportunités qu’une école londonienne.

 

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Artistes Passage 2  : 

Iliana Chazal
Zagros Mehrkian
Lucas Irad
Sophie Scognamillo
Morgana Planchais
Bora Lee
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